Tant que nous n’aurons pas de visage

Tant que nous n’aurons pas de visage

C.S. Lewis

« […] J’ecrirai dans ce livre ce que quiconque ayant la moindre raison d’être heureux n’oserait énoncer. J’accuserai les dieux : et, en particulier, celui qui vit au sommet du mont Gris. Je narrerai depuis le début le récit de ses méfaits à mon endroit, comme si je portais mes doléances devant un juge. Mais il n’existe pas de juge entre les dieux et les hommes, et le dieu de la montagne ne me répondra pas. Les terreurs et les fléaux ne peuvent tenir lieu de réponse. »

Nous voici dans le royaume de Glome. Un royaume prospère avec à sa tête un roi coléreux et mysogine. Ce roi a deux filles, Orual l’ainée ayant la particularité d’être laide mais douce, et Redival, belle mais mauvaise. La naissance d’une cadette va bouleversé la vie de cette famille et de son royaume. Istra, l’enfant, est d’une beauté inégalée. Un joyaux parmi les joyaux. Sa sœur Orual l’élève avec tout l’amour qu’il est possible de donner.

Seulement la beauté de cette jeune princesse va soulever la jalousie des uns et des autres, ainsi que celle de son autre sœur, Redival, la dénonçant comme se faisant passer pour une déesse. La colère des représentants d’Unigt (la Déesse vénérés à Glome) pousse le roi à sacrifier sa fille sur le Mont Gris afin que le dieu de la montagne vienne la chercher et la dévorer.

Cela va désespérer Orual qui malheureusement ne pourra secourir son adorée. Afin de trouver vengeance, elle recevra l’aide de son précepteur grec, le Renard, qui lui enseignera à réfléchir comme une véritable souveraine, et celle de Bardia, le chef de la garde royale, qui lui apprendra comment se battre en vrai soldat.

Nous nous retrouvons ici face à une quête d’ordre personnel. Notre héroïne est submergée par le chagrin dû à la perte de sa sœur qu’elle chérissait passionnément. Elle en veut au monde entier (son père, les dieux, etc). Sa quête de vengeance la mènera jusqu’au mont Gris où la surprise sera de taille. Orual se trouvera confrontée dans ses croyances mais devra aussi mener un combat contre elle-même.

Mon avis

Qu’est ce que l’amour ? Jusqu’où peut-il nous mener ? Nous aveugle t-il au point de meurtrir ceux qu’on aime le plus ?

Des questions, des questions, encore des questions. Ce livre nous mène droit vers des interrogations philosophiques. Évidemment, il tire son inspiration du Mythe de Psychée et de Cupidon.

Piqûre de rappel : Psychée était d’une beauté irréelle. Tellement belle que les hommes délaissaient leur déesse Venus pour aduler Psychée. La beauté de Psychée possédait un revers. En effet aucun homme ne se sentait de l’épouser, c’était une déesse à leurs yeux. Alors le roi son père demanda conseil à ses prêtres qui lui firent entendre qu’elle ne pouvait avoir un mari mortel et qu’il fallait la sacrifier aux dieux. Et c’est ce qu’il fit.

Aphrodite machina des plans afin que Cupidon afflige la pauvre Psychée, mais il tomba aussitôt amoureux d’elle et décida de la prendre pour compagne. La seule condition qu’il émit fut qu’elle ne cherche jamais à voir son visage et il ne viendrait la voir que la nuit. Elle accepta car elle aussi l’aimait. Psychée demanda l’autorisation à son amour de la laisser revoir ses sœurs. Il accepta. Les sœurs vinrent et la jalousie les poussèrent à obliger Psychée à chercher à découvrir le visage de son amour. Fou de rage, Cupidon exila sa bien aimée et elle se trouva confrontée à plusieurs épreuves pour mériter le droit de revenir auprès de lui. Des épreuves soigneusement choisies par Venus. Mais envers et contre tout, Psychée reçut systématiquement de l’aide et revint après avoir franchit chaque épreuve avec succès.

Dans ce livre, Lewis nous conte, de façon complètement libre, l’histoire de Psychée (Istra), mais du point de vue de l’une de ses sœurs, Orual. Effectivement c’est Orual qui est le narrateur ce qui nous donne un point de vue totalement différent de ce conte. Un pourquoi peut être, mais aussi des réponses sur l’amour, la jalousie, la haine et jusqu’où ces sentiments peuvent mener ceux qui les éprouvent.

Un livre splendide et merveilleusement écrit. Je ne peux que le recommander.

Le Livre

Tant que nous n’aurons pas de visage

Clive Staples Lewis

Titre original : « Till We Have Faces »

Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville

Editions Anne Carrière

Pages : 304

Prix : 18€

2 thoughts on “Tant que nous n’aurons pas de visage

  1. Il est vrai que le mythe de Psyché et Cupidon est particulièrement émouvant et touchant… Il a d’ailleurs inspiré plusieurs contes écrits aux XVIIè et XVIIIè siècle comme Cendrillon ou la Belle et la bête…
    Je vois avec ta chronique qu’elle continue à fasciner les auteurs de notre siècle ! 😀
    Merci pour cette chronique intéressante…
    Parthenia Articles récents…Chanson du jour insolite : musique de la Grèce antique ressuscitéeMy Profile

    • Sylly

      Ah tu vois, je n’aurais jamais penser à faire l’analogie avec ces contes qu’il faudra d’ailleurs que je relise dans leur version « originale »
      merci pour les pistes 😉

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