L’Immeuble Yacoubian
L’Immeuble Yacoubian
Alaa El Aswany

Le Caire, Egypte.
Dans la rue Soliman-Pacha se trouve un immeuble dans lequel et autour duquel fourmillent et se côtoient toutes les classes de la société. L’immeuble Yacoubian, vestige des années 30.
Nous plongeons au cœur du destin de certains des habitants de cet immeuble et de leurs proches. Ainsi nous faisons la connaissance de Zaki, un vieil homme obsédé par les femmes et le sexe, qui n’a jamais réussi à se poser et à fonder une famille et qui se retrouve harcelé par sa propre soeur ; Taha, jeune étudiant brillant et prometteur souhaitant intégrer la police … Seulement il se trouve être au bas de l’échelle sociale et voit toutes les portes se fermer devant lui hormis celle de la religion extremiste … Boussaïna, jeune femme naïve, croyant qu’elle peut rêver à une vie simple et belle mais se rendant vite compte que sa beauté la rend vulnérable dans le monde du travail, dans le monde des hommes. Azzam, vieil homme riche cherchant à pénétrer le monde de la politique et qui se rendra compte que nul n’est à l’abri, même quand on monte en haut de l’échelle sociale. Et enfin, Hatem … homme bien placé dans la société, homosexuel qui semble malgré tout chercher sa place dans le monde mais surtout dans le cœur des hommes. Un homme brisé et esseulé …
Entrons dans la description dramatique d’une société où la misère et la richesse vivent ensemble et pourtant s’ignorent et se détruisent, où le sexe est au centre des préoccupations de chacun, où la corruption dicte ses lois.
Une société menée par une dictature qui déchire sa population et la mène sur le sentier du désastre humain …
Mon avis
Lu dans le cadre du challenge Destination organisé par Evertkhorus, il ne m’a pas été facile de premier abord de trouver une lecture telle que je la cherchais. A savoir sur l’Égypte et écrite par un égyptien. Alors je remercie mes collègues de la médiathèque pour m’avoir dirigée vers ce roman.
Cette société était pour moi terre inconnue et je dois avouer que la lecture des premières cent pages ont été assez ardues au point que je me suis demandée si je n’allais pas abandonner. Mais finalement , j’ai préféré poursuivre et je ne le regrette pas.
Ce roman nous fait la description d’une société en pleine déchéance. Tiraillée entre ses croyances et sa volonté d’intégrer le monde moderne et donc d’adopter des comportements occidentaux. Seulement, la misère de cette société menée par les riches, le pouvoir, l’argent et donc la corruption entraîne son peuple à se diriger vers les extrêmes de chacun de leur choix et finalement à se faire une guerre intestine. Guerre entre riches et pauvres, guerre entre religion et État, guerre entre homme et femme …
L’auteur nous emmène découvrir le fond de son pays, caché derrière ses paysages magnifiques, ses monuments incroyables, son histoire immensément riche. Il nous fait découvrir l’atrocité d’un lieu mythique qui se fissure.
Il se fait peut-être le préambule des émeutes et de la révolution qui ont récemment eu lieu … A travers ses lignes il clame haut et fort le désarroi de son peuple . Pour cela il n’hésite pas à utiliser des phrases chocs, surprenantes et désarmantes pour nous …
Ainsi il nous dépeint son peuple comme étant faible face à l’autorité :
« Le peuple égyptien est le plus facile à gouverner de tous les peuples de la terre. Dès que tu prends le pouvoir, ils se soumettent à toi, ils plient devant toi, et tu peux faire d’eux ce qui te passe par la tête. N’importe quel parti au pouvoir, lorsqu’il fait des élections, est obligé de les gagner parce que les égyptiens sont obligés de soutenir le gouvernement. Le bon dieu les a crée comme ça. »
Il nous dresse aussi le portrait d’une jeunesse désarmée face son avenir :
« Les mendiants dans la rue ont un diplôme de commerce, comme le tient ! »
« [...] ce pays n’est pas notre pays, c’est le pays de ceux qui ont de l’argent »
L’auteur critique la société égyptienne mais en pointant du doigt l’auteur du drame qui la tenaille :
« La cause de la décadence du pays, c’est l’absence de démocratie. S’il y avait un véritable régime démocratique, l’Égypte serait une grande puissance. La malédiction de l’Égypte, c’est la dictature. La dictature amène immanquablement la pauvreté, la corruption et l’échec dans tous les domaines. »
Et finalement il nous explique comment autant de jeunes gens plein de promesse se retrouvent dans les filets de l’extrémisme religieux …
Ce roman est une véritable claque. Il ouvre les yeux sur la misère d’un peuple mais nous réalisons finalement que d’autres pays sont également sujet à ce problème.
Quoiqu’il en soit, jamais l’auteur ne nous montre son pays de façon « méchante », il nous fait traverser la vie de ses personnages de façon attachante, troublante. On se prend de compassion pour eux et les problèmes auxquels ils sont confrontés. Parfois néanmoins certains nous révulsent …
Puis il nous monte l’horreur et la violence aussi … L’abandon, les tortures, l’alcoolisme, la drogue et le sexe …
En prenant du recul, on se rend compte que toues les situations s’imbriquent, sont liées … Et c’est assez dur … Un peuple maltraité par son gouvernement qui n’offre ses chances qu’à ceux qui ont l’argent pour le payer. Les autres pour faire face sombrent dans l’alcool et la drogue et oublient avec le sexe. Enfin ceux qui veulent se battre contre ce régime se font écraser et ceux qui décident de lutter de façon extrémiste tuent et se font tuer … Il est difficile d’y voir une issue …
Tout ceci nous est décrit d’une plume très efficace et prenante. Bien que le début soit assez long, il faut bien introduire le paysage et les protagonistes !
En parlant de paysage, je pense qu’il est important de noter que le centre de ce roman, l’immeuble Yacoubian, n’est pas fictif. L’auteur a utiliser un véritable immeuble situé au centre du Caire pour être le cœur de son récit.
En voici une image, qui selon moi peut faciliter la lecture des descriptions de celui-ci, même si je regrette de ne pas voir les fameuses terrasses qui sont nommées interminablement tout au long du roman.

Il utilise aussi beaucoup de références historiques et tout ceci offre une réalité impressionnante à l’histoire.
En gros, ce roman se veut surtout un documentaire sur la société égyptienne, un cri de détresse …
Donc je peux dire que ce voyage là n’était pas de tout repos et ne m’a pas ménagé … Mais il fut absolument instructif et émouvant …
Je vous le recommande grandement !
Le Livre
L’Immeuble Yacoubian
Alaa El Aswany
Collection Bleu
Titre Original : « Imrat Ya’qubyan »
Traduit de l’arabe (Egypte) par Gilles Gauthier
Pages : 325
Prix : 8.70€ (poche Babel)
Trailer du film
Le livre ayant obtenu un tel succès à sa sortie qu’un film en a découlé. Étant dans les rayons de la médiathèque, je l’emprunterai dès mon retour de vacances.
En attendant, voici sa bande annonce















6 comments already | Leave your own comment
Frankie
9/2/2012 | 1 h 01 min Permalink
Contente que tu aies fini par accrocher car ce n’est pas mon cas, même si je trouve le livre intéressant dans sa façon très réaliste et sans concession de raconter la vie cairote. Ce qu’il dit sur la dictature est tout à fait vrai… Ce fut aussi le cas en Tunisie où je vis actuellement…
marchaud dominique
11/1/2012 | 10 h 28 min Permalink
Bonjour
Il y a un an, je découvrais ce livre mais n’étant pas bien moralement, j’ai eu du mal à le lire même si je suis allée jusqu’au bout. Cet été, j’ai acheté « Chicago » qui m’a beaucoup plu et du coup je viens de relire « l’immeuble yacoubian » et je me suis régalée. Peut être faut-il le lire 2 fois et presque d’une seul tenant.
evertkhorus
9/5/2012 | 20 h 11 min Permalink
Et bien je vois que cela a été le livre clé du Challenge Destination ce mois-ci. Je me contenterais du film je pense, même si il a l’ai très intéressant…
Sylly
9/6/2012 | 9 h 02 min Permalink
À priori oui
Moi j’attends que le film rentre à la median pour pouvoir l’emprunter
Lynnae
9/6/2012 | 21 h 23 min Permalink
J’aime beaucoup le fait que l’immeuble soit réel ^^ Mais ce roman a l’air bien dur !
Fersenette
10/1/2012 | 18 h 21 min Permalink
Sur le point de le lire suite à des avis plus favorables, mais il semble que la lecture soit fastidieuse bien que recommandée ! Merci pour la photo, ça me plait d’avoir cette image en tête avant de commencer le livre.