Guerre et Violence dans la Grèce Antique

Guerre et Violence dans la Grèce Antique

André Bernand

Résumé

« Le lecteur aura compris que le dessein de cet essai sur « Gerre et violence dans la Grèce antique » n’estpas d’aligner des scènes d’horreur et des conduites odieuses, pour le plaisir de jeter l’opprobe sur une culture dont nous avons hérité, que nous le voulions ou non. »

Quatrième de couverture

« André Bernand a choisi de reconsidérer l’Antiquité grecque, en s’éloignant des visions trop convenues, des réalités longtemps idéaliées pour souligner l’importance de la violence et de la guerre au sein des sociétés antiques. Sous sa plume, c’est une anthologie saisissante, émaillée de témoignages et de récits peu connus : brutalités, obsessions de la virilité, goût du sang, tueries … Dans un monde qui ignore les droits de l’homme, le plus fort fait la loi, au mépris des traités et des liens du sang. face aux Perses ou entre Grecs, la parole donnée est fréquemment violée. La traitrise est une ruse de guerre plutôt qu’une infamie. On tue jusque sur les marches des autels. La mythologie, avec son imaginaire macabre, ses monstres et ses crimes, contribue à la banalisation de la violence. Le monde grec antique, dont nous nous réclamons a donc connu des formes de violences semblables  celles que connaît notre monde contemporain. Derrière la Grèce du savoir et de la sagesse, on découvre une Grèce de cris et de fureur. Cet essai d’anthropologie historique est une nouvelle leçon de civilisation, aux résonances très actuelles. »

Mon avis

J’ai été tout à fait saisie par la lecture de cet essai sur la violence et la guerre dans la Grèce antique. Non seulement par la forme utilisée pour son écriture, à savoir que l’auteur fait comme un commentaire composé des grands récits de l’antiquité (Hérodote, Xenophon, Homère, et tant d’autres), donc s’appuyant sur les écrits afin de retracer tout la violence, mais aussi par sa plume plus qu’addictive.

Autant j’adore me plonger dans un roman, mais j’appréhende toujours un peu la lecture de documentaires, craignant principalement la monotonie et le côté rébarbatif des auteurs … Pour le coup je suis très satisfaite par cette lecture qui ne m’a pas ennuyée le moins du monde, car en dehors du fait que le thème (Grèce antique) me passionne, le style que l’auteur a utilisé pour faire son essai fait ressortir toute la passion qu’il a mis dans ses recherches, et j’ai bu ses lignes.

« Si l’on aime et admire la Grèce antique, il faut la considérer sous tous ses aspects, qui ne sont pas toujours édifiants »

C’est un fait que lorsque l’on parle de l’antiquité grecque les première choses qui nous viennent à l’esprit sont la sagesse et la beauté d’une civilisation qui nous a beaucoup donné, qui a posé des bases pour notre civilisation actuelle. Une civilisation riche et cultivée, avec des auteurs incroyables dont les récits ont traversé les siècles sans prendre une rides. Pourtant c’est bien en lisant ces écrits que l’on peut réfléchir à la façon dont la vie tournait à cette époque, et finalement le tableau n’est plus aussi rose, il finit même par tourner au rouge sang …

Ainsi il nous rappelle la façon dont les enfants et les femmes étaient traités. Des enfants dont les hommes d’âge mur disposaient tant qu’il étaient juvéniles. Des enfants à qui l’on imposait des traitements effroyables pour les rituels de passages à l’âge adulte. Des femmes qui n’étaient, en général, qu’à peine considérées, des reproductrices chargées de gérer le foyer.

Puis A. Bernand passe progressivement vers des violences d’ordre plus naturelle : le climat, les tempêtes, raz de marées, tremblements de terre et autre catastrophes naturelles qui représentaient un danger mortels permanents pour les habitants des îles grecques.

Mais surtout, là où le texte devient prenant c’est bien lorsque l’auteur nous rappelle avec quels récits les enfants étaient élevés durant cette période. Récits que l’on étudie encore aujourd’hui, à savoir L’iliade et l’Odyssée. Ces grands écrits, magnifiques, ne sont pas moins dépourvus des pires violences et c’est à travers les descriptions sanglantes qui traversent ces textes que l’enseignement des enfants est faites dans l’antiquité. La façon dont on décapitait systématiquement chaque guerrier que l’on tuait, les outrages fait aux morts en général, ainsi utilisons la mort d’Hector et la façon infâme dont Achille a traité sa dépouille … l’auteur nous rappelle également le massacre des prétendants de Pénélope par Ulysse au retour de son périple. Bref, l’essai regorge d’exemples tirés de ces grandes écritures pour nous rappeler que les héros des aventures enseignées baignaient dans le sang, le mensonge, la traitrise et la mort.

Et c’est sur ces modèles que les enfants étaient formés, ces modèles qu’ils admiraient et à qui ils voulaient ressembler.

Mais l’humanité est ainsi …

« Ainsi, considéré du point de vu de la nature, l’homme est spontanément porté à l’injustice et à la violence; Si l’on donnait aux justes l’anneau de Gygès, qui permettait de devenir invisible, ils deviendraient criminels » ‘Platon – La République)

L’auteur ici ne fait pas un jugement sur le comportement des anciens grecs, je pense qu’il porte surtout l’accent sur ce qu’est la nature humaine. Une nature faite à la fois de beauté et d’horreur. Et je pense qu’il nous rappelle que la Grèce antique n’était pas différente, de ce point de vue, de notre propre civilisation. Même si l’on préfère se rappeler de cette époque uniquement ce qu’elle a apporté de bon et de beau. Le tableau de l’humanité n’a jamais été juste noir ou blanc, mais strié, déchiré entre deux forces qui s’opposent.

‘ »Cette Grèce de la violence est à l’image de cette Athéna guerrière, qui fut aussi déesse de la raison et de la sagesse. »

Ainsi tout au long de son essai l’auteur nous fait un étalage des grands crimes et des grandes trahisons qui eurent lieu tout au long de l’histoire de la Grèce antique. Des guerres qui ne cessaient jamais. Un homme grec ne vivaient quasiment qu’en temps de guerre. La paix et le repos n’étaient pas choses aisées en ces temps là. Et les massacres de villages et d’innocents allaient bon train … Il ne fallait pas des rescapés, des fois que ceux ci décident de se venger.

« Avant d’être un peuple, la Grèce antique fut un assemblage de peuplades qui pour s’imposer, utilisèrent parfois les pires moyens. »

Bref … un livre qui fut vraiment riche en émotions autant pour mon petit cœur que pour mon estomac (je vous épargne les mille et un exemple de morts horribles et répugnantes citées dans le livre). Mais la qualité de ce livre réside dans le fait que l’auteur a tellement bien tourné son texte qu’on ne sort pas de la lecture en regardant la Grèce antique d’un œil méfiant et méprisant. Au contraire, on lui donne un caractère plus « humain » et moins « divin ». Même si on aurait peut-être préféré resté un peu naïf sur ce point là. Cela ne nous aide pas à espérer voir un jour l’humanité devenir plus pacifiste, et au regard de l’actualité, je pense même qu’elle est condamnée à rester cruelle et barbare. Car si à cette époque les hommes se battaient « principalement » pour des terres, aujourd’hui n’importe quelle raison est une perche pour s’entretuer.

En tout cas ce fut vraiment une très bonne lecture et très instructive.

Le livre

Guerre et Violence dans la Grèce Antique

André Bernand

Editions Hachette Littératures

Collection Histoires

452 pages

Challenge concerné

challenge l'odyssee grecque

6/10

4 thoughts on “Guerre et Violence dans la Grèce Antique

  1. je lis peu de documentaires mais celui là a l »air pas mal 😉
    Cassie Articles récents…Top Ten tuesdayMy Profile

    • Sylly

      Franchement moi non plus ^^ Comme je le dis dans mon article, les documentaires ont souvent tendance à me lasser. Mais là j’ai été happée 😀

  2. Désolée ma chère Silly d’arriver si tardivement sur ton billet… Mais le dommage est tout pour moi tant j’ai pris plaisir à le lire !

    Et je te rejoins entièrement sur le fait que la Grèce antique a été idéalisée puisqu’elle nous a apporté les ferments de la philosophie et de la démocratie, on a tendance à occulter les aspects sombres de son histoire.
    Et pourtant, il n’y a qu’à lire les destinées des différentes lignées royales grecques où l’esprit de famille n’était pas ce qui prévalait (on empoisonnait, on égorgeait, sans souci du sexe ou de l’âge de ceux qui gênaient !!^^), voire la mythologie qui regorge de violence et de meurtres…

    Ce livre va rejoindre ma wish-list, pauvre de moi…

    Encore merci et j’espère te relire bientôt !

    Bisous ! 🙂

    • Sylly

      Coucou Parthenia 🙂
      Oh ne t’en fais pas ^^
      Mais effectivement cette lecture était plus qu’incroyable, et j’ai découvert nombre de choses qui m’ont laissée pantoise ^^
      Mais l’auteur ne néglige aucun exemple pour nous montrer toute l’horreur de cette violence qui régnait et franchement c’est impressionnant … Genre les enfants servis en repas à leur père et autres « fabuleuses » réponses à une traitrise … Finalement les contes prennent toute leur ampleur quand on lit ces lignes ^^
      Bisous et à très vite j’espère 🙂

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